On change de four !

Le passage d’une année sur l’autre est un événement pour chacun d’entre nous, certes.
Mais au pain de Mathilde, il était un peu plus piquant que d’autres fois.
Nous nous sommes offert non pas une semaine de fermeture, mais deux.
Besoin de repos, nous direz-vous ?
Oui, nous en aurions eu besoin. Pourtant il n’était pas question de s’endormir :

Nous installions un nouveau four, plus grand, plus massif, à gueulard. Un four de pro, quoi…

Ça a commencé doucement début décembre.
Pendant que nous continuions gentiment à fournir les amateurs de bon pain, ça bougeait dans le hangar à l’arrière du fournil :
Les maçons perçaient le mur, construisaient un socle en béton pour accueillir la future star que Rémy, constructeur et rénovateur de fours à bois traditionnels maçonnés sous l’appellation N.B.I.O, allait faire apparaître sous nos yeux esbaudis.

Curieusement, il choisit les rares jours de vrai froid que nous ayons eu en cette fin d’année pour venir jouer dehors à assembler ses cubes.
Entre deux pauses cigarette/café crème, il réussit à édifier cette architecture savante.
Témoignage en images :

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Hors caméra, la voûte fut terminée. Le sable pelleté par la bouche du four. La fumisterie mise en place.
Tous les accessoires (porte basculante, thermomètre, appareil à buée, etc.) arrangés en façade. Des loupiotes DANS le four (le grand luxe !)

Rémy fut libéré juste à temps pour ses obligations et nous allions enfin pouvoir commencer à allumer nos premiers feux dans le four en vue du dérhumage.

ce qu'il ne faut pas faire !

ce qu’il ne faut pas faire !

Stop ! Ici même, une étape s’imposait. Avant la mise en chauffe, et pour ne pas faire figure de mauviettes, Mathilde et Pascale devaient, paraît-il,  se soumettre à un rituel de la corporation : faire une petite incursion dans la chambre de cuisson de leur nouveau four .

Une vague angoisse claustrophobe nous aurait volontiers fait remettre à une autre vie ce sacrifice initiatique, mais nous sentions quand-même qu’il y avait, en tant que boulangÈRES, un défi à relever.
A deux, nous nous sommes motivées. Finalement, c’était plutôt rigolo et nous en sommes sorties ravies et fières de nous.

Après cet intermède ludique, quelques sueurs froides nous attendaient.
N’écoutant que leur courage, Edouard et Mathilde ont entrepris le démontage de l’ancien four. A force d’arguments… massifs, ils finirent par convaincre notre compagnon de toujours de céder la place. C’est le cœur en fusion, au vrai sens du terme, que ce dernier a fini par rendre les armes.
Des photos de cette épopée manquent. Aucun de nous n’avait la tête à ça, tous l’avaient dans le guidon.
Désormais une seule obsession : faire monter la nouvelle bête en température, commencer son apprivoisement progressif, et vérifier que nous étions encore capables de cuire du pain avant la reprise des activités début janvier.

Mathilde n’avait plus d’yeux que pour le thermomètre, qui, malgré les chauffes assidues et d’intensité croissante, pointait obstinément vers le 0. La pression, elle, montait sans qu’on le lui demande.

Jusqu’à CE jour, où ses yeux s’allumèrent :

hourra ! il est monté !

hourra ! il est à 100° !

Quelques jours passèrent encore avant que l’aiguille ne se hisse à une hauteur raisonnable qui laisse envisager la possibilité de cuire quelque chose dans cette masse à inertie.
Sans compter le résidu d’humidité qui a encore faussé la donne pendant un interminable moment.

Puis vint le joyeux jour où nous avons pu affûter nos pelles (en fait, les rallonger), réadapter nos gestes, et produire nos premières merveilles.

Il était grand temps. Nos fidèles mangeurs de pain, après cette trêve qui n’en fut pas une, nous attendaient de pied ferme.